Isabelle DE MAISON ROUGE - Philippe MAIRESSE

Isabelle DE MAISON ROUGE

Soutenance 2015

Penser l’écosystème de l’art ou Comment repenser la position de l’artiste dans l’économie de l’art ?

1. Art & économie : position de l’artiste dans l’écosystème de l’art

Afin de savoir précisément pourquoi il est nécessaire de repenser l’économie de l’art et de l’artiste, il convient d’en faire un tour d’horizon et d’en dresser un état des lieux de l’écosystème que la régit. Ces considérations concernent pour cette approche précise, principalement les artistes de la scène française, puisque je me propose de circonscrire les limites de cette étude à cette zone géographique. Cette

scène correspond en effet à mon objet d’étude, riche des ces caractéristiques propres et dans de ce qui en fait, peut-être, une exception. Je me base essentiellement pour cette première approche sur une enquête sur le terrain à partir d’un grand nombre d’entretiens avec des artistes divers de la scène françaises, réalisés entre 2008 et 2013, ainsi que les études menées par la maison des artistes et le ministère de la culture1. Nous verrons dans la conclusion de cette thèse de quelles façons elle diffère des autres scènes internationales et si ces formulations

pourraient être transposées sur d’autres zones géographiques, voire s’internationaliser. La position de l’artiste dans l’écosystème de l’art contemporain et de son marché s’avère bien fragile et délicate, mais l’on constate que ce n’est pas tant de son fait, que du regard qui est posé sur lui et son statut, au prisme d’idées reçues très ancrées et difficile à combattre.

Philippe MAIRESSE

Soutenance 2016
Humanisation des organisations – Arts et Sciences de l’art

Ce qui suit est le compte rendu d’une enquête menée patiemment depuis plusieurs années. Cette enquête a porté sur des expériences d’ordre esthétique menées dans des contextes de travail, au sujet du partage de la parole. ‘Contexte de travail’ signifie très concrètement que l’enquête s’est déroulé sur le terrain de petits groupes de travail au sein d’organisations diverses, des groupes dont les objectifs étaient de produire, organiser, diffuser ou gérer des connaissances, des événements, des biens ou des services. « Esthétique » est employé dans le sens de sensible et artistique ; d’autres significations du mot pourront être convoquées, mais j’éviterai de me référer au ‘beau’, encore moins en le reliant à des qualités matérielles observables. Quant aux ‘expériences’ dont il sera question, et dont l’enquête cherche à déterminer le degré de responsabilité sur les effets observés, ce ne sont pas à proprement parler des expérimentations scientifiquement menées, bien qu’elles en présentent certaines caractéristiques. ‘Expérience’ est employé dans son sens de situation vécue : situation dont on fait l’expérience. Mon enquête a ainsi porté sur des situations esthétiques crées artificiellement au sein de groupes de travail, pour déterminer si les mode de partage de la parole observés dans ces groupes pendant et consécutivement à ces expériences vécues pouvaient être imputés aux situations introduites et dans quelle mesure. 

Je pars d’un constat, première observation de mon enquête, premier « fait » dans sa dimension d’effectivité, en tant que ce « fait » m’a affecté et a initié ma recherche. Ce constat est le suivant : il existe des artistes et des manières de faire de l’art  dont les intentions sont d’opérer sur la réalité sociale, d’agir sur les situations et les acteurs, et de transformer l’être-ensemble – dans une perspective d’amélioration. Constat intime, puisque je suis moi-même un exemple de ce type d’artistes, dont les œuvres, souvent élaborées collectivement, consistent en insertion d’expériences esthétiques dans le cours de situations quotidiennes et non artistiques, pour y produire des effets transformateurs. 

Le deuxième élément d’enquête, l’indice qui dénote un vaste pan obscur à explorer, est le mot « affect », pris dans sa signification d’ « affecter » et non d’ « affectif ». Je nommerai « effet » le fait d’avoir affecté – je pourrais dire « mouvement ». Le débat sur l’existence, la nature et la qualité des éventuelles manières dont l’art peut affecter le réel concerne des dimensions multiples et entremêlées : politiques, sociologiques, linguistiques, conceptuelles, philosophiques. Je ne cherche pas à trancher dans ces débats, mais à contribuer à la discussion en décrivant en détail les conséquences et transformations éventuelles opérées dans des cas concrets par de telles pratiques. De la même manière que dans les cas de transgression de la loi le débat porte sur le lien de cause à effet, afin de déterminer à qui imputer les responsabilités et les charges, il s’agit ici de savoir si l’introduction d’expériences esthétiques dans des contextes dits « normaux », et leurs auteurs, peuvent être considéré comme responsable des éventuels « effets » de ces expériences – et de quels effets. Cette recherche est pour ainsi dire d’emblée une contre-enquête : contrairement aux enquêtes habituelles, qui cherchent à convaincre les auteurs de leur responsabilité concernant les effets de leurs actes alors qu’ils la nient, ici les (f)auteurs d’intervention esthétiques revendiquent des effets sur le corps social, alors qu’on les leur conteste ou que simplement on ne les constate pas très bien. La situation est ainsi étrangement inversée, et l’enquête est commanditée par celui qui cherche à prouver la responsabilité qu’on lui refuse : le (f)auteur et l’enquêteur ne font qu’un. En effet ( !), si je suis auteur de cette recherche, c’est non seulement comme « chercheur », mais aussi (surtout ?) en tant qu’artiste intervenant dans des organisations réelles. J’endosse les deux rôles, pour tenter de démontrer ma responsabilité dans les effets (lesquels) de mes actions, soupçonnées d’inconséquence, par moi le premier.