Introduction au mémoire de:

JUNIOR CABRAL

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«  Je ne suis pas plus moderne qu’ancien, pas plus Français que Chinois, et l’idée de la patrie c’est-à-dire l’obligation où l’on est de vivre sur un coin de terre marqué en rouge ou en bleu sur la carte et de détester les autres coins en vert ou en noir m’a paru toujours étroite, bornée et d’une stupidité féroce » - Flaubert , Correspon-dance-lettre du 26 aout 1846 à Louise Colet , ed. Librairie de France, p.180 

C’est à travers ce master que je suis parvenu à obtenir des compétences critiques, artistiques et théoriques en relation avec mon travail : ce besoin pictural s’est notamment traduit grâce à un passé inconsciemment présent et se relève être un fondement de mon travail.  

      Ma pratique artistique a su évoluer sur différents points grâce à ce voyage à Londres :  une révélation s’est opéré en moi face à la visite d’expositions et de galeries en relation avec le territoire. J’ai su notamment réévaluer ma position de jeune plasticien/créateur. Cela m’a permis d’établir de nouvelles connexions, d’appréhender la scène artistique internationale face aux di-vers changements atmosphériques engendrant de terribles phénomènes environnementaux et sociaux. Les cours de développement durable en licence trois et l’ouvrage Carbon 12 m’ont énormément appris sur la place de nos existences face à notre planète: il est important d’agir intelligemment sur nos espaces naturels afin de bénéficier d’une longévité terrestre. Mais comment peut-on agir consciemment sur nos territoires sans connaissances approfondies sur le sujet ?

La ville elle-même m’a permis d’envisager autrement la notion d’espace territoriale: Londres de part sa superficie et sa répartition spatiale est l’exemple parfait quant à l’étude de frontières et de zones terrestres. D’où l’importance de la mobilité, qui m’a permis d’acquérir une nouvelle conscience des espaces réels: ici, une étude et une oeuvre en rapport avec cette ville est me-née.  

    Depuis maintenant cinq ans, ma pratique s’est organisée autour du dessin, de la photogra-phie et de la peinture. Les sujets abordés ont certes évolué, mais l’essence de ma démarche artistique est restée la même: couleur, corps et espace organique se sont grandement manifes-tés à travers des médiums différents. La ligne a toujours eu une place prépondérante dans mon engagement en art et revient sans cesse afin de déterminer un espace et se fait même surface. Elle constitue une force directrice dans le sens où l’inconscient manuel prend rapidement le dessus sur l’idée pré-conçue: on parle plastiquement de dessin automatique. Mon processus de création s’inspire notamment par la couleur, elle se forme visuellement et permet d’envahir un support faisant ainsi jaillir textures et reliefs.  

      L’expérimentation fut le mot d’ordre de ma pratique et c’est ainsi que je suis parvenu à en dégager les sujets de ce mémoire: j’ai pu m’apercevoir qu’une large palette des possibles était imaginable surtout au travers de la photographie, que j’ai pu développer. Son instantanéité a consolidé ma pratique du corps en tant que sujet et m’a permis d’isoler l’être de son propre or-ganisme: il est ainsi réduit aux détails de son paraître de part le gros plan, perdant ainsi toute forme d’individualité. Il forme alors une entité pour le regardeur sur l’image produite.  

     Les notions de territoires, d’identité et de mémoire corporelle m’ont particulièrement fascinées puisqu’elles traitent de manière consciente d’existences matérielles et ouvrent une large étendue dépassant parfois la matière a proprement dit. Se dessiner un territoire est essentiel pour chaque espèce: nous possédons tous des ressources certaines afin d’échapper à nos prédateurs. Se faire territoire, tel est mon but.  

      La terre ne nous appartient plus depuis la mondialisation: les questions d’immigrations, de frontières, de quêtes territoriales ou encore de disparités sont au coeur de nos préoccupations actuelles. Nous vivons une ère où nos espaces terrestres et personnels sont sans cesse enva-his par l’autre et où il est difficile d’échapper à sa propre condition. Entre crises géopolitiques et devoir de mémoire, la médiatisation de nos ressources naturelles en perdition ne cesse de prendre de plus en plus de place dans nos quotidiens et sur nos territoires. La perception prise au travers de ce mémoire prend sens face à un contexte contemporain et géopolitique puis qu’elle s’établit en relation avec un environnement qui n’est autre que le nôtre, celui vécu.  

    L’idée de corps diffère selon les époques, sa polysémique matérielle varie selon les pra-tiques et les années. Ici, le but est de considérer le corps à la fois comme sujet et objet de sa propre condition: perçu tel une « carte », il se présente face au monde aux travers de caractéris-tiques géographiques et s’impose aux autres comme telle. Nous sommes naturellement rattachés à un ou plusieurs territoires terrestres, créant ainsi une mise en abîme considérable. On aborde un attachement territoriale ancrée à notre histoire: l’individualisme se manifeste puisque chaque histoire est différente selon les expériences vécues, même si certaines règles régissent à l’unisson.  

      Les écrits suivants conduiront le lecteur à travers une multitude de questionnements sur la place du corps en tant qu’espace de pensées face au monde qui l’entoure. Mais surtout sur les caractéristiques et expériences de son existence qui selon moi, l’aide à développer sa per-sonne physique et psychologique.  

       Dans ce mémoire, se forment divers spectres de l’existence humaine face aux dynamiques cartographiques: on construit ici une force créatrice où la question du territoire se traduit en pa-rallèle de formes lumineuses: l’union des deux forme alors ma pratique. 

Remettre en question la notion de carte et de territoire, est-ce réaménager la face de notre monde actuel ? 

Peut-on véritablement dissocier la cartographie et le corps ?  

Nos cartes internes ne sont-elles que le reflet de nos cartes terrestres ?  

Suffis t-il de désorienter le corps pour imaginer le corps autrement ?  

L’Homme, n’est-il qu’un territoire organique sceptique ?  

Puis-je m’émanciper de ma condition d’être pour ne plus exister ? Dois-je réellement être pour exister ?