Introduction au mémoire de: 

Dina ABD ELHAMID

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Le gribouillage, n’étant pas considéré comme une pratique plastique traditionnelle, est généralement qualifié de forme d’expression rudimentaire, et décrit comme étant une sorte de dessin primitif et grossier. C’est avec un jugement négatif que le public, avertis et non avertis, exclut cette pratique, de ce qui est communément appelé, désigné, comme l’art. En effet, elle n’entre pas dans ce que définissent les normes populaires telles que « belles » et élaborées. « Savoir dessiner » est généralement synonyme de technique et de savoir faire. Pourtant, on peut remarquer que l’une des activités majeures des enfants est le dessin. Se pose alors une interrogation : comment expliquer la spontanéité avec laquelle les enfants usent de leurs outils, du marqueur, aux crayons de couleur, de la peinture, des feutres, des stylos,  en passant même parfois par le rouge à lèvres, et cela, quels que soient le moment et la surface ?  

Les enfants sont des êtres spontanés dont la motivation première lorsqu’ils dessinent est le plaisir.  Les dessins d’un enfant sont davantage vus comme des objets émotionnels, de futurs souvenirs de l’enfance, d’un moment passé. Comme si nous étions déjà nostalgiques de ce moment d’une vie. Un enfant ne bénéficie pas de la technique, du savoir faire des maîtres, mais il sait tenir un crayon et gribouiller afin de remplir une surface. Lors de la réalisation d’un dessin, l’enfant est considéré comme un être ne maîtrisant pas les procédés fixés. Le gribouillage représente une forme d’expression intuitive présente chez eux, phénomène inné, que l’on retrouve aussi chez les personnes atteintes de maladies mentales. Yassir Amazine, Jaime Fernandes, Johan Hauser, ou encore Miguel Rodriguez ont utilisé le gribouillage comme moyen d’expression individuelle. Ces auteurs d’art brut se sont exprimés par cette pratique pour témoigner de leur existence, le temps d’une création. Leur but étant de créer sans espace, sans temps, comme un enfant. C’est un tête-à-tête entre l’auteur et l’œuvre. Cette création relève d’une expérience. Finalement, l’objet créé ne sert qu’à l’instant. L’expérience, en soit nous permet l’acquisition de techniques et de savoir-faire. Le sujet qui expérimente demeure un sujet ouvert à l’apprentissage qui se fait en fonction de son environnement et des informations requises. Il n’y aura ni jouissance esthétique par la suite, ni but de dévoiler le résultat de ce moment d’acharnement, de ce dévouement totale à cette trace qui a été faite sur le monde.

D’après Bruno Decharme1 , au contraire de l’artiste, l’auteur brut ne se préoccupe pas de son œuvre, c’est le processus de création et l’activité qui priment. Le plus fascinant dans cet art, c’est l’énergie enfantine qui domine leur création.

On pense que le gribouillage est un geste maladroit et brouillon. Mais pourquoi est-

il considéré comme une part de processus et non pas comme une œuvre en elle-même ? 

Cette caractérisation pourrait amener à penser que c’est un mode d’expression mineure. Peut-on considérer le gribouillage comme une forme de déclin, de retour en arrière, ou bien comme profusion, comme une pratique authentique, sincère et généreuse ?

Tout le long du master, mon objectif était de fusionner le gribouillage avec les images de synthèse, mais j’ai préféré me focaliser principalement sur la pratique du gribouillage, notamment chez les enfants, ainsi qu’à travers ma propre réalisation. Le gribouillage possède un riche graphisme qui nécessite que l’on se questionne et s’arrête dessus. En plus d’être une pratique directe et réalisable par tous, le gribouillage ne se repose pas visuellement sur un mimétisme. Lorsqu’on gribouille, on ne reproduit pas une chose, un objet, mais nous reproduisons un geste sur une feuille sans but particulier d’imitation du réel. Le gribouillage est une empreinte sur une surface, témoignant du passage d’un individus, peu importe sa technique du dessin.

Dans un premier temps nous verrons que le gribouillage est un mode d’expression intuitif, puis, dans une seconde partie sera étudié le fait qu’il est une pratique monomaniaque, c’est-à-dire, une pratique obsessionnelle. 

Dans ce mémoire, le gribouillage est présenté comme une œuvre et n’est pas seulement un brouillon prêt à jeter parce qu’il est défectueux. C’est une œuvre autonome et à part entière, vecteur de rythme, de dynamisme et de caractère bien à elle. 

Le gribouillage est l’une des formes d’expressions des plus directes et des plus spontanées.